Il y a la blancheur que partout l’on devine,

Neige où les joues rosées et les linges humides

Goûtent après le temps des luttes fratricides,

Rires et doux sermons que les aïeux serinent.

 

Il y a le vent chaud, les jeux près des ravines.

Dévalant les pentes, une armée de bolides,

Joyeux et maculés tels des sorciers numides,

Effraient l’ennemi par d’audacieuses rapines.

 

Toujours cachées par là, blondes jeunes filles en nage,

Arborant des boucles échappées des nuages,

Dodelinent du chef devant ces sots ébats

 

Où les victorieux chérissent leur doux sort.

Radieuses, elles vont, pleurant dans leur essor

Et laissent les enfants douter de leurs combats.

Par Zacharie - Publié dans : Sanctuaires
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
"La douceur de tes bras berçait mon coeur avide,
Ange de ma tumeur, hydre marmoréen,
Chimère de malheur au front cyclopéen,
Et je rêve et je tremble et je pleure et je vide!

Mordu jusqu'aux entrailles, ruiné, apatride,
Au coeur de la bataille en mes cieux d'airain,
J'aime attiser le feu dans ton oeil vipérin,
Et je crève et je souille et j'abhorre et je ride!

Cela reste et crois-moi, dans la chair restera,
Gravé clair et jamais le temps n'altérera,
Et je crie et je frappe et j'insulte et j'aboie!

Quelque part tu es là, castratrice anathème,
Me jetant de la vie les graines de la joie,
Et je t'aime et je t'aime et je t'aime et je t'aime!"
Par Zacharie - Publié dans : Sanctuaires
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
"Ma vie parachevée à la sainte Thérèse
Egrenait à l'envers son chapelet d'années
Et je brûlais, stoïque, en cet enfer de braises,
De baisers clairvoyants en morsures damnées.

Je vis l'immaculée me chuchoter l'ascèse
En tournant mon visage vers la Voie Lactée,
Mon enfance apeurée en des pensées mauvaises,
Les règles, les mots et la première tétée.

Puis je fus à toucher la beauté statuaire,
Statufié au bord du divin sanctuaire,
Et la gueule béante et l'orifice affreux

Allait sans y songer m'anéantir mort-né...
Alors je m'éveillai, mollement, vaporeux,
Et distinguai, oblique, le mont de mon nez."
Par Zacharie - Publié dans : Sanctuaires
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
"Qu'aimes-tu en moi et qui tant t'oppresse,
Avide chercheur, prêtre famélique,
Fol adorateur de beautés nordiques,
Est-ce ma grandeur, est-ce ma noblesse?

Vers mes tendres cieux ton ego se dresse
Et ton oeil amer lance une supplique,
Qu'aimes-tu en moi, amant pathétique?
Est-ce donc ma chair que tu ne caresses?

Je suis la reine qui règne sans roi!
Est-ce la douceur qui te plaît en moi?
-Non, fluide amie, sur mon coeur si lourde,

Qui me fait hurler à te rendre sourde.
Bien qu'en tes appâts mon désir se terre,
Ce que j'aime en toi n'est que ton mystère."
Par Zacharie - Publié dans : Sanctuaires
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
"Une voûte fleurie au milieu des bois,
Une foule animée où je sais ton absence
Et ces longs jours d'hiver étouffant l'espérance
Où je veux ta douleur déchiré par le froid.

Le travail, la prière, la vie dans la foi,
Le désir de l'ailleurs, les souvenirs d'enfance,
Les rires, les fleurs et toute cette souffrance,
Oh, comment pourrais-je être plus proche de toi?

Dieu sait que tu m'habites chaque instant, partout,
Que ton grand corps me tord et me met à genoux
Au temple des soupirs où je t'ai fait messie.

Dieu sait que je pourrai, dans mes dévotions
Compromettre mon âme en folles actions
Et boire avidement le vin de ta vessie."
Par Zacharie - Publié dans : Sanctuaires
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

« Noblesse que rien n’entache,

Repue, couchée dans l’herbe grasse,

Le souffle chaud, le sang qui passe,

Calme malgré les mouches lâches.

 

Mon œil à la beauté s’attache,

Et le nuage qui menace

Ne m’arrache pas à la grâce,

Muet, je contemple une vache.

 

Paisible comme une déesse,

Elle, que l’homme toujours blesse,

Emplit mon âme d’évidences…

 

Quand plus loin le monde revis

Loin de la paix et du silence,

Je compris que j’étais parti. »

 

Par Zacharie - Publié dans : Sanctuaires
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

« Mon cœur en rêves accrochés

Aux branches hautes du chemin,

Comme l’oiseau s’en va chercher

L’amour loin des sentiers humains,

 

Invente l’histoire, perché,

Hors du tracé de son destin.

Voici la belle amourachée,

Bienveillante, tendant les mains,

 

Voici la souffrance achevée,

Plus aucun cœur n’est orphelin.

Que m’importe de te toucher,

Qu’importe tourments et chagrins.

 

Voici l’histoire du péché,

Voici les amants de demain.

Que m’importe de te toucher,

Ma foi peut soulager ma faim. »

Par Zacharie - Publié dans : Sanctuaires
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

« Tu aurais dû le voir, Marie, si maladroit,

Effrayé, tout tremblant devant le grand mystère,

Hardi comme un moineau face à l’oiseau de proie,

Blême comme un curé au seuil du monastère.

 

Cette image d’enfant, un sanglot dans la voix,

Effleura mon ventre d’une paume légère

Et tandis qu’il baisait mon poignet et mes doigts,

J’esquissais, pénétrée, un sourire de mère.

 

Puis il vint comme tous, puisqu’il faut achever,

Et je me souviens de son air égaré,

Ses paupières battantes et son œil lointain.

 

Quand un chant m’avertit qu’il avait rendu l’âme,

Je ressentis la joie que ressent une femme

Et pas la douloureuse aigreur de la putain. »

Par Zacharie - Publié dans : Sanctuaires
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
"Fille impure, tes seins se dressent en blessant
La fragile noblesse des chastes cieux,
L'argent souille ton flanc et crève les yeux
De tes enfants gonflés de désirs oppressants.

Tu attires, proprette et soignée, tes amants,
D'anciens convertis, de nouveaux oublieux,
Attends fière et droite au nom de ton Dieu
Qui avançait courbé vers la fange et le sang.

Tu prêches aux ténèbres, promets les étoiles
Et caresses la bête dans le sens du poil;
Ton souffle n'est qu'un vent en ce siècle de peine.

Crache ton or affreux, soulage la misère,
Craque ta robe et soigne les plaies de mes frères!
Oh, que Jésus pardonne ta faute et ma haine."
Par Zacharie - Publié dans : Sanctuaires
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
C'était une âme simple, dénuée de vices,
Idiote pour certains, pour d'autres dangereuses,
Car le diable avait habillé l'âme pieuse
D'un corps pouvant mener les ventres au supplice.

Le dimanche, elle allait voir les gens à l'hospice
Avec l'abbé Gourmaud qui, se gardant des gueuses,
L'avait pris sous son aile et aux langues fielleuses,
Il balbutiait rougeaud: "c'est un dur sacrifice!"

Quand elle lui ouvrit et vit poindre l'affront,
Elle voulu chasser les tourments de son front
Et accueillit le corps, immobile et sereine.

"L'amour n'a pas de borne, car l'amour est Dieu,
Fais ce qu'il te plaira mais soulage ta peine."
Et la vierge pleurait, la joie au fond des yeux.
Par Zacharie - Publié dans : Sanctuaires
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Catégories

Rechercher

Derniers commentaires

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus