-Premier chapitre-
J'ai pour partie d'être un malin corbeau
Qui d'âme, du bec, arrache en lambeau
Nouveau chaque jour puis porte au tombeau.
La rivière,
Nourricière,
Miroitière, Dit, entière, le trouver fort beau.
Notez que toujours, mon oiseau sanglant
Grandi par un arbre, serein beuglant,
Devant le soleil se croit aveuglant,
Pérore et glousse,
Inspire et tousse,
Volaille trousse
Et l'onde douce aime un portrait cinglant.
D'elle, pureté qu'à nulle on compare,
Ainsi reconnu, le sombre ovipare,
D'un bon lot d'esprit oiseux se sépare.
Gare ahuri
Marin mari
Non-aguerri!
Qui est favori sans mal accapare.
(Un lambeau de plus, funèbre moisson.)
Et l'oiseau se prend pour l'homme-poisson,
Qui dans l'eau heureux comme un nourrisson,
Sans son ramage,
Ni son plumage,
Doucement nage,
Quand à l'étage on aime à l'unisson...
-Second chapitre-
Je ne sais trop où est l'anomalie,
Ni à qui dicter la sainte homélie.
Peut-on accuser de xénophilie?
Destitution,
Consomption,
Rédemption,
N'est pas son invention reine jolie.
Il sent en son coeur, abri de justesse,
Qu'ici bas un seul instant d'allégresse,
Vaut longues années d'âcre sécheresse
Et de longtemps,
Son voeu latent
Est chaud printemps,
Songe exubérant d'indélicatesse.
Il se voit gonfler son grand habit noir,
Avec majesté, fondre du perchoir
Et se poser là, sans trop s'émouvoir.
Ô, rivière,
Printanière
Prisonnière,
Lit de poussière à flaque d'espoir.
Il se voit s'y voir et faire festin,
Plonger ardemment son bec aquilin
En l'aimante et dire au poisson chagrin:
Je te supporte,
Et réconforte,
Ta mère est morte.
(J'ai pour partie d'être un corbeau malin.)
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